jeudi 10 mars 2016

La régression du sommeil

Alors que la poupoule nous faisait des nuits franchement correctes depuis sa naissance (un mois à trois réveils, jusqu'à trois mois deux réveils et passé les trois mois, hors pic de croissance, elle n'avait qu'un réveil, qui était quasiment au petit matin), depuis ses 6 mois c'est la foire du n'importe quoi. Et c'est un petit peu beaucoup fatiguant.

Le pic des six mois 
Celui des 9 semaines m'avait laissé sur les rotules. Mais à l'époque, le pic a eu lieu lors de ma semaine de reprise du travail, qui s'était fait en douceur après nos vacances en famille. Inutile de dire que j'appréhendais GRAVE le pic des 6 mois tout en travaillant. Et sans aucune surprise, j'ai douillé à mort, me demandant une nouvelle fois pourquoi je m'enquiquinais la vie à allaiter. Une bonne semaine de tétées toutes les heures, toutes les deux heures la nuit.
Au bout d'une semaine je vois le rythme redevenir plus classique en journée (toutes les 2h environ) et je me dis "chouette, le retour du sommeil !"


Quand acquisition est liée à régression
Tu le connais ce fameux adage "un pas en avant deux pas en arrière ?". C'est un bébé qui a du l'inventer. Nous avons commencé la diversification (en DME, j'en parlerais dans un autre article !) en même temps que le pic des 6 mois, qui semble avoir été un déclic pour l'intérêt vis à vis de la nourriture. Bref, apprendre à saisir les morceaux, les mettre à la bouche, mâcher, avaler, transit différent ... Ca a bousculé beaucoup de choses donc, beaucoup de choses à intégrer, apprendre, des nouveaux rythmes, des découvertes chaque jour. Bim, 3 à 4 réveils par nuit. Radar total.

Etant donné que j'allaite et que mon compagnon a un travail dangereux, c'est moi qui gérais les nuits depuis la naissance de la poulette. Mis à part le pic des 9 semaines, jusqu'à 6 mois je gérais plutôt bien. Il se levait le samedi ou le dimanche matin, je faisais une sieste et en avant simone. Sauf que t'imagines ma gueule au travail (même si je ne travaille que deux jours) après m'être réveillée à 23h, 00h15, 2h30, 5h00, 5h45-coucou-la-journée-commence !


J'ai continué à prendre sur moi et à gérer seule les nuits, sauf celle du vendredi et samedi où mon mec gérait un des réveils. Quelle idée débile. J'ai craqué de nombreuses fois en pleurant la nuit, avec un conjoint assez dépassé qui savait pas trop quoi faire. Le jour où j'ai accepté qu'il m'aide, il est revenu du travail en disant qu'un de ses collègues s'était fait amputer d'un doigt à cause d'une blessure. RETROPEDALAGE DE L'ANGOISSE. Je l'ai laissé continué de dormir en semaine, en me disant que ça passerait.

Effectivement c'est passé. La DME était intégrée, elle mangeait de mieux en mieux, le transit c'était roule ma poule, bref, keurkeurpailletteslamaternitéc'estformidable.
Oh ...
Mais tiens, qui va là ? Serait-ce ... oh mais voilà l'angoisse de la séparation qui pointe le bout de son nez ! En avance ! Oh ben fallait pas hein, on était pas pressé.

L'angoisse de la séparation, un des trucs que j'appréhendais le plus dès que j'ai compris que notre poulette était le modèle bébé koala. Pour l'instant, avec les étrangers ça va, elle est au pire indifférente ambiance poker face et au mieux comme d'habitude, c'est-à-dire excitée comme une puce de voir d'autres êtres humains.
Mais faut pas déconner, les autres êtres humains on les regarde SUR maman. Collée. Gluée. Accrochée. Fusionnée. Extension de moi-même. A la crèche, elle ne supporte pas de voir les adultes loin d'elle. Elle veut bien jouer peinarde avec les copains, ok, mais alors la petite dame a l'ordre de rester à côté, là, quasi collé, merci, sous peine de déclencher des hurlements de terreur.
Je te laisse imaginer la gueule des nuits.
Voilà.
Du coup j'ai fini par misérablement craquer, à être à deux doigts de secouer ma fille ou de la jeter brutalement dans son lit. De la mettre en danger. Ben ce constat-là, au réveil, il éclate un peu la gueule. Du coup mon mec ne m'a pas laissé le choix, maintenant les nuits c'est à deux. Et pour ma part, j'ai décidé de la sevrer du sein la nuit car mon état de fatigue est tel que ma lactation ne suit pas. Open bar des biberons la nuit, s'il faut qu'elle mange plusieurs fois, elle mangera plusieurs fois. Mais de sein, nulle trace. La nuit où j'ai failli la secouer, je la voyais téter et ça me mettait dans une colère noire. La limite était franchie, il fallait arrêter. Et même l'accident professionnel de mon mec (heureusement bénin) ne m'a pas fait changer d'avis, malgré la pointe de culpabilité.

Depuis on a toujours des réveils, un ou deux, rarement au-delà, plus ou moins longs (de 5mn le temps de prendre le biberon à 1h, ambiance pleurs déchirants dès qu'on la pose et qu'on ose s'éloigner d'elle). Le coucher est toujours difficile. Le relai est là pour que je puisse souffler, mais clairement c'est de moi dont elle a besoin : coller son visage au mien, s'agripper à mes cheveux, sentir ma respiration, mes mains, ma voix, le battement de mon coeur. Et qu'est-ce que c'est dur de répondre à ce besoin quand tu veux dormir ou récupérer de l'espace vital. Et qu'est-ce que c'est dur de se rendre compte que malgré le maternage qu'on souhaite pour elle, on décide, pour notre protection, de ne plus répondre à son besoin de la manière qu'elle souhaite. Est-ce qu'on fait bien ? Jusqu'à quand ça va durer ? Ca passe, tout finit par passer. C'est dur de se préparer à s'envoler.

mardi 1 mars 2016

Le réflexe de comparaison, ou le lourdingue "concours de bites"

Avant d'être parent, j'étais irritée de cette constante comparaison entre enfants. Je me disais "non mais peut-être que quand tu seras mère tu seras pareille, sois compréhensive". Oui mais non, entendre un parent se vanter qu'à 10 mois son enfant parle, avec le bagage d'études que j'ai, ça me faisait profondément rire.

Et notre petite nana est arrivée. Je me suis demandé comment gérer tout ça, cette vision évidemment déformée que l'on pose sur notre enfant, notre chef-d'oeuvre. Penserais-je, comme beaucoup de parents de mon entourage, avoir engendré une génie des temps modernes ? Allais-je devenir reloue ?

Je vous spoile la suite, au cas où ça ne vous intéresse pas : non, je ne la compare pas, ou alors en des termes très neutres (sur sa taille par exemple).

La comparaison est humaine. Elle permet de se positionner, de repérer son enfant sur une courbe de "normalité", de se rassurer et de se faire mousser, histoire de se coucher avec l'idée que oui, sa gamine est formidable. Mais elle me laisse quand même sacrément mal à l'aise. Et encore plus depuis que je suis mère. Maintenant, voir une nana dire que sa fille parle à 10 mois, en plus de me faire rire, me donne des accès de rage. J'imagine des parents, moins armés, plus fragiles pour quelque raison que ce soit, lire ça. Et regarder son enfant. Et voir passer dans ce regard, cette étincelle déjà partie avant même qu'on ne puisse la retenir : la déception. Et la douleur d'être déçu. On imagine pas les dégâts que peut faire ce sentiment fugace. On pourrait me rétorquer que c'est aux autres de se protéger, que chacun raconte ce qu'il souhaite, qu'importe si ce n'est que le positif, sans aucune nuance. Oui mais non.

C'est un symptôme qu'on retrouve beaucoup sur les blogs ou pire, sur instagram. Toutes ces photos millimétrées, magnifiques, propres, belles, avec de beaux enfants rieurs. C'est normal, après tout, de montrer ça plutôt que des photos moisies. Mais l'accumulation de ces photos, cette construction de "l'univers", rend le tout franchement malsain. Toutes ces idées d'activités estampillées Montessori, tout ces DIY pour les enfants ... tout cette agitation qui nous fait oublier qu'ils ont le temps. Le temps de grandir, d'apprendre à ramper, marche, parler et que ce n'est en rien une fierté si on a un bébé au développement en apparence rapide.
C'est chouette d'être fier de son petit, et avec le boulot que je fais je dis heureusement, car voilà les dégâts psychologiques derrière, mais nous sommes en communauté. Que ce soit sur internet ou dans la vie réelle, ce n'est pas un journal qui reçoit nos paroles, mais un être vivant. Nous avons tous envie que notre enfant soit spécial, alors parfois on oublie que les enfants sont uniques ... comme tout le monde.

Cette course à la précocité m'effraie : l'escalade à qui marchera le plus tôt, celui qui parlera, rampera, fera des constructions, coucou ou aura son diplôme à Harvard. Certaines réunions de parents qui ressemblent à des check-list sur l'avance moteur et psychique de chacun des mini-bipèdes qui nous accompagnent me donnent le cafard. Cette précocité élevée comme un idéal. Et l'image de ce gamin que je reçoit dans mon bureau régulièrement, reconnu comme "haut potentiel", à côté de ses pompes, malheureux, suicidaire et qui considère que son esprit différent le trahit. Quand il part, laissant mon bureau saturé de sa détresse, je pense à tout ces parents fiers de dire qu'ils ont un enfant précoce. Et je ris jaune.
J'ai choqué une copine en disant que non, je n'avais pas envie que ma fille marche tôt, ou qu'elle parle tôt. Cette rapidité des apprentissages m'effraie. Pourtant je n'ai aucun contrôle dessus, c'est elle seule qui décidera. Mais je vois à quel point je dois me battre contre moi-même quand, insidieusement, la tristesse pointe le bout de son nez quand je dis que non, à 7 mois ma fille ne cherche pas à se retourner. Et pourquoi devrais-je me dire qu'elle est en retard ? Elle fait d'autres choses, explore différemment. Cette course à la rapidité en vient à complètement déformer ce qu'est le cadre classique du développement de l'enfant, au sens psychologique du terme. Les gens en viennent à considérer qu'un enfant qui ne marche pas à 13 mois est en retard, et qu'un enfant qui parle peu à 18 également. Quelle violence ! J'oserais même ... quelle maltraitance envers ces petits.

Et ce concours "de bites" sur les enfants me montre parfois que son origine est une souffrance : ne pas savoir complimenter quelqu'un, mal vivre une situation, vouloir être reconnue pour ses tâches ... Dimanche une connaissance a affirmé qu'elle avait besoin de congés car "ma fille c'est pas la vôtre, mon congé maternité n'en a pas été un ...". Je suis quelqu'un de calme mais là, ça a été la comparaison de trop, l'insinuation déguisée que ma fille n'était rien, qu'une gentille plante verte qu'on arrose de temps en temps, alors j'ai répondu sèchement. C'est peut-être le revers de la médaille, mon choix de ne pas parler de ma fille sauf si on m'y invite. Sauf que voilà, ma fille n'est pas là pour servir de paillasson à ceux qui ont des choses à régler avec eux-mêmes ou leur histoire de vie. Des choses à régler avec l'enfant qu'ils étaient alors et que notre société tend à faire taire.

jeudi 4 février 2016

Notes de lecture - Education pour un monde nouveau, de Maria Montessori

En tant qu'assistante sociale, je travaille à l'Education Nationale, en contact donc avec des jeunes et directement concernée par la question de la protection de l'enfance. Avant même ce parcours professionnel, le domaine de l'enfance, et surtout de la petite-enfance, m'a toujours passionnée et je suis rentrée dans ce monde par Piaget et Dolto.

Aujourd'hui j'aimerais vous parler de Maria Montessori. On pourrait se dire "inutile de la présenter". En effet, Pinterest regorge d'exemples d'activités type "Montessori" et la blogosphère est remplie d'article sur ce sujet. Mot clé : la responsabilisation de l'enfant, via la liberté et le respect de son développement.
Mais encore ? Est-ce seulement cela ? Jusqu'où va sa philosophie ? Son regard sur l'enfant est formidable, mais dans quel monde le place-t-elle ? Comme s'articule sa réflexion ?



Selon mon ami Wikipédia, notre chère Maria est née fin 19ème en Italie au sein d'une famille bourgeoise. Elle décide de devenir médecin, ce qui pour l'époque et l'avancée des droits de la femme était assez fou. D'ailleurs ça lui plaît pas trop, à Papa Montessori, que sa fillette devienne médecin, tout comme les universitaires qu'elle côtoie qui n'aiment pas trop qu'une femme vienne leur piquer la suprématie (vilain patriarcat, vilain)(oups, on a dit pas d'éducation violente). Bref, de fil en aiguille elle s'intéresse à moult choses, devient connue, aiguise ses connaissances et ouvre une première Maison des Enfants dans un quartier craignos de Rome début 20ème. Le succès explose et elle fut connue du grand public, qui se révéla fasciné par ses méthodes et les effets incroyables sur les enfants.

Rappelons qu'à l'époque, les enfants (et ne parlons même pas des bébés, on considère encore que ce ne sont que des tuyaux tout juste capables de ressentir de la douleur) ne sont pas au top de la considération et elle pose un fait important : il faut prendre en considération l'enfant. Avoir du respect pour lui. Et non, un enfant n'est pas un adulte en puissance, qui finalement doit attendre quelques années avant d'avoir un état parfait. Un enfant est déjà un individu en lui-même. Pour cet apport incroyable dans la psychologie et la prise en considération humaine, Montessori mérite le statut de déesse.

Nous en revenons donc à notre sujet, Education pour un monde nouveau. Comment résumer ce livre ? Il y a des passages qui m'ont émerveillé et que j'ai envie de photocopier en million d'exemplaires pour le filer à tout le monde. Et il y a des passages qui m'ont fait ricaner, voir bondir littéralement de ma chaise en m'étouffant dans mes valeurs. Et là, il faut absolument contextualiser les choses, sous peine de lancer Montessori dans la fosse aux lions.

Son livre reprend abondamment son précepte phrase : l'apprentissage est une capacité innée, chez tout les enfants, qu'importe leur genre, leur sexe, leur origine ou leur lieu d'habitation. Un enfant naît pour apprendre grâce à son pouvoir d'expérimentation.
" L'éducation est un processus naturel qui se développe spontanément dans l'individu humain et s'acquiert non en écoutant des mots mais en faisant des expériences sur l'ambiance".
Ainsi l'éducateur est là pour modifier et jouer sur l'environnement, non sur l'apprentissage. C'est ainsi que les 5 sens sont sollicités notamment par le toucher avec les célèbres lettres et chiffres en reliefs.
Et c'est là que ma première critique apparaîtra. Je trouve son regard sur le jeu assez dur. Elle ne le voit que par le prisme de l'expérimentation et de l'acquisition, et presque plus dans le sens du jeu "inutile". Elle oppose jeux de poupées, de soldats et les jeux estampillés Montessori. Or, la simplicité du jeu est-elle mauvaise en soi ? Le jeu doit-il avoir toujours un but d'apprentissage ? Pour elle "le jouet a pris tant d'importance que les gens croient que c'est une aide à l'intelligence". Ainsi, les jouets d'imitation sont qualifiés de "sous-imitation" car ce n'est pas du vrai matériel et elle instaure la notion d'objets réels.
Néanmoins, l'absence de rapport maître-élève est LE point le plus intéressant dans sa philosophie de l'éducation. Elle s'appuie beaucoup sur l'exemple du langage, véritable prouesse intellectuelle, et établit qu'il ne s'apprend pas, il se développe.

Quant on parle de progrès, on pense tout de suite à la frustration des touts-petits. En effet, la psyché, les idées, vont parfois plus vite que le corps. Ainsi, l'enfant veut s'exprimer alors qu'il n'a pas les mots, déclenchant des tornades de colères. Logique. En ce sens, le développement de "signer avec son bébé" m'intéresse beaucoup et j'aimerais m'y mettre avec ma propre fille. Cela peut constituer un des moyens de communication avec son enfant, pouvant désamorcer certaines crises.

Elle estime que le cap des 18 mois est très important dans le développement. La coordination pieds et mains s'affine et apporte une liberté inconsidérable. C'est souvent à cet âge là qu'on voit les petits, concentrés comme s'ils peignaient la Joconde, faire des allers-retours avec un seau remplie d'eau/de terre/de jouets/tout autre objet à sa portée pour aller le vider plus loin. Et refaire l'opération. Indéfiniment. De notre place d'adulte c'est fascinant à regarder, puis si on ne connaît pas la psyché de l'enfant, viennent vite les interrogations dont la fondamentale : Pourquoi ? Pour rien. Parce que c'est fun de découvrir qu'on est capable de faire ça.
C'est également à 18 mois que le besoin d'achèvement de l'action devient impérieux. Il suffit d'arrêter le petit dans sa tâche en apparence inutile de transvasement et voilà qu'une crise monstrueuse éclate, qui ferait passer le conflit Israélo-Palestinien pour une simple querelle de pacotille. Ou alors quand nous, adultes, intervenons en apparence pour aider, alors qu'en fait, nous ne faisons que stopper. C'est pour le deuxième apport fondamental de Montessori, cette quête de l'achèvement, et qui m'a beaucoup aidé à comprendre les enfants en crise que je côtoyais.

Elle parle beaucoup de l'enfant qui naît dans l'amour, qui est accueilli dans l'amour, comme si cela était naturel. Je pense qu'il me faudrait lire d'autres livres d'elle car je suis étonnée qu'elle ne soit pas plus en nuance car entre les violences conjugales (durant la grossesse notamment), les viols, la violence physique et verbale, et autres problèmes d'alcoolisation et de drogues, on a pas forcément l'amour à tout les coins de rues. Elle estime que "le sacrifice des parents est quelque chose de naturel, qui donne de la joie, qui ainsi n'est pas ressenti comme un sacrifice ; c'est la vie même !". On est pas loin du "c'est trop bien de se lever à 1h du matin pour filer le sein/le biberon au bébé, c'est un tel moment de communion avec son enfant hihihihihi". Ouais mais non. Mais bon, contextualisons : élevée dans une famille bourgeoise, à une époque où la parentalité est imposée à tous comme étant LE choix de vie par excellence qui rend heureux. D'ailleurs on sent l'influence de son origine bourgeois dans son propos sur la pauvreté, on sent une volonté de se détacher de son milieu d'origine qui ne semble pas l'avoir comblé. Pour elle, l'enfant de pauvre a "une richesse intérieure" car il vit dans des "conditions naturelles" que n'ont pas les enfants élevés dans la richesse. Inutile de dire qu'à ce moment du livre j'ai éclaté de rire tellement ça me semble incongru. Ainsi sachez "qu'il ne faut pas craindre la pauvreté car c'est une condition hautement spirituelle".
Je m'en rappellerais les fins de mois difficiles tiens : "chéri, on a plus de chocolat mais t'inquiètes, on a une condition spirituelle truc de ouf".

Pour elle, le monde moderne a rendu insensible les mères aux périodes sensibles. Et là encore, contextualisons, car dans ce livre, le père n'apparaît jamais. Elle parle de mère, de maternité et d'amour maternel. Rien d'autre.
Elle critique assez vivement la médicalisation de l'accouchement, comme si les femmes rataient le coche de la naissance. Elle exprime cela par l'expression "la terreur de la naissance", qui fragiliserait le nouveau-né. En cela, difficile de la contredire, même si là encore je trouve que le fardeau de la responsabilité échoie, une fois encore, aux mères.

Autre point qui nécessiterait un approfondissement grâce au reste de sa bibliographie, tant cela m'étonne, est sa rigidité apparente dans les repères de développement, qu'elle nuance peu par l'individualité de l'enfant. Un comble ! Ainsi, pour elle, l'enfant tient assis à 6 mois, fait du 4 pattes à 9, est debout à 10, marche à 12-13 mois (alors que nous savons, aujourd'hui, que la marche peut arriver bien plus tardivement sans aucun soucis médical, et que les enfants marchant à 1 an sont considéré comme en avance au niveau moteur) et à 15 mois marche avec assurance. La feuille de route est donnée, merci aurevoir.
Elle parle également de perfection quand elle aborde le comportement, notamment face aux apprentissages et ses difficultés qui ne rendent pas l'enfant "modèle". Là aussi ce discours m'étonne tant il tranche, pour moi, avec sa philosophie de l'éducation. Elle estime ainsi qu'il existe à la naissance et lors de la vie intra-utérine, des chocs "très difficiles à corriger". Sur ce point là, les années ont prouvé le contraire, notamment grâce à l'apport phare de Boris Cyrulnik et son propos sur la résilience. Oui, beaucoup de choses se jouent avant trois ans, mais rien n'est marqué dans le marbre.

Bref, un livre très riche centré sur l'apprentissage, qui souffre à mon sens du décalage avec la société d'aujourd'hui et qui paraît sur certains points surannés face au développement de la connaissance sur le cerveau, le bébé ainsi que sur les neurosciences affectives (qui sera l'objet d'un futur article, quand j'aurais fini la conférence de Catherine Gueguen)(en gros peut-être dans 10 ans cet article verra le jour). Elle clôt son livre avec la description de l'enseignante Montessori "type". Conseil : ne prenez même pas la peine de le lire, votre féminisme en prendrait un coup. Mais comme je suis gentille et que je veux vous faire rigoler, je partage.
Comme elle le décrit dans son livre, la maîtresse (et seulement la maîtresse, point de maître nous avons dit) Montessori travaille sur l'ambiance grâce à du matériel qui doit être maintenu neuf et beau. Et, pour aller avec la beauté de ce beau matériel, la maîtresse doit être attrayante, jeune, belle, habillée avec goût, soignée, gaie et digne tout en restant gracieuse. Rien que ça. Elle souhaite en fait que la maîtresse Montessori fasse en sorte que "l'enfant, inconsciemment, puisse lui faire honneur de la trouver aussi belle que sa mère, qui est naturellement son idéal de beauté". Les ravages du patriarcat.

vendredi 22 janvier 2016

Vis ma vie #3

Quand, après lui avoir installé un coin de jeux immense, j'espère qu'elle joue seule.


Quand elle se réveille après la sieste


Quand elle m'entend chanter dans la oiture

« cette personne a eu le droit de se reproduire ? Je vais l'entendre chanter souvent ? Genre toute ma vie ?! OMG »

Quand elle lutte contre le sommeil

mercredi 20 janvier 2016

Réflexion sur le tire-lait

 Aujourd'hui j'ai envie de parler, ou plutôt de réfléchir sur le tire-lait. Je tire mon lait depuis les deux mois de ma fille, en vue d'une reprise du travail, et j'ai découvert dans la foulée toutes les images, représentations et fantasmagories liées au tire-lait.

Le tire-lait, pour beaucoup, renvoie à l'imaginaire fermier, de la vache que l'on trait pour récupérer le lait. Je suis toujours en colère quand je lis des témoignages sur des femmes qui se sont fait traiter de manière méprisante, ramenée à cet imaginaire. De ce fait, je trouve qu'il y a beaucoup de gêne, beaucoup de non-dits et de tabou lorsqu'on franchit le pas pour louer un tire-lait. Mes collègues de travail sont toujours surpris que je ne fasse pas "l'effort" de prendre quelque chose de moins voyant pour transporter mon tire-lait (c'est la malette de protection de la pharmacie, effectivement elle est énorme, mais bon, quelle flemme de chercher autre chose). Un relent de honte ? De fausse pudeur ? Bien sûr, il y a les représentations personnelles, subjectives, que chacune entretient avec l'engin. Mais au fond, dans la société dans laquelle on vit, nos représentations sont-elles libres ? Pourquoi des représentations aussi violentes pour un objet porteur de liberté ? J'y vois pour ma part beaucoup de sexisme. Je rapproche le tire-lait de la contraception : un outil de liberté et d'émancipation. Et comme tout outil, il reste un choix, non une obligation. C'est un outil comme un autre qui permet de prendre le contrôle. On contrôle notre allaitement (si toute fois on peut dire qu'on peut contrôle l'allaitement, mais là est un autre débat !), on choisit de tirer pour des raisons précises comme la reprise du travail ou la possibilité de déléguer. On a la main. Quel pouvoir !

Cet allaitement hypocritement encouragé dans notre société, dénué de tout accompagnement, on en voit les failles quand on se retrouve pour la première fois devant un tire-lait. Quand tirer ? C'est normal de peu tirer ? Que faire ? Quel accompagnement dans la mise en oeuvre de ce tirage ?

Il est normal de peu tirer au début, le corps s'adapte. On tire plus lorsqu'on le fait pendant la tétée. Et autre conseil : je tire bien plus efficacement depuis que je ritualise le tirage. Le matin je tire avec la petite, pendant qu'elle joue à triturer le fil. Le soir, je tire avec du thé et mon mec à côté qui fait des blagues.

vendredi 8 janvier 2016

Mon hospitalisation et l'allaitement



Début décembre j’ai été hospitalisée en urgences pour deux jours et une nuit. Une séparation brutale d’avec ma petite de 4 mois, allaitée exclusivement. Outre l’inquiétude pour ma santé, mon conjoint s’est retrouvé comme une poule devant un couteau, comme on dit. Comment ça mange ces bêtes-là, quand il n’y a pas les seins de maman ? Elle était habituée au biberon, grâce à son entrée en crèche, mais pas du tout au lait artificiel. On avait déjà parlé d’une transition, quand il s’informait sur le mixte, et je lui avais qu’en théorie, dans l’idéal, le passage LM/LA se préparait, parce que certains bébés allaités pouvaient refuser le LA.
Donc là, on va dire que pour la préparation, c’était plutôt loupé. Il a pu tenir grâce à mes réserves de lait congelé pour la crèche, le temps de l’ouverture le lundi des commerces. Et s’est de nouveau retrouvé comme un couillon devant l’immense rayon LA du magasin. Quoi prendre ? On avait peu parlé de ce point, même si on savait qu’on se tournerait spontanément vers un lait bio. C’est comme ça qu’il a pris le BabyBio Optima 1 relai d’allaitement. Et il a ouvert la boîte. Et il y avait pas de mesurette.

Vous avez dit poissards ?

Il est allé quémander une mesurette à la pharmacie et est reparti avec un nouveau lait sous le bras, un peu furax. Il a donc testé le Nestlé Nidal 1er âge relai d’allaitement. Conformément à mon souhait, que j’ai réussi à lui donner entre deux évanouissements, il n’a pas regardé la composition. On était déjà dans l’urgence, inutile de nous rajouter de la culpabilisation car on avait quasiment pris le premier lait qui passait. 

Le passage au biberon fut difficile. La petite a pris le LA directement, sans préparation, sans rechigner. Nous sommes persuadés qu’elle a compris ce qu’il se passait. Elle a gardé son rythme d’allaitement : de petites quantités (max 90, le plus souvent 60ml) et réclamait toutes les 1h30/2h. On était donc loin, loin des 3h. Et malgré les conseils, nous avons préféré lui donner quand elle réclamait, sans attendre ces sacro-saintes 3h. J’ai eu beaucoup de mal à lui donner le biberon, le geste, le manque d’habitude. De son côté le transit était plus difficile, elle pleurait beaucoup, semblait plus difficile à apaiser. Je me suis retrouvée avec un bébé aux rythmes explosés, qui ne dormait plus dans son lit seule la journée, qui se réveillait constamment la nuit (le prochain qui me sort qu’avec le LA le bébé fait des nuits complètes, je le tue, comme ça, voilà, merci aurevoir), qui refusait que quiconque d’autre que moi ne la prenne dans ses bras. Bref, l’horreur absolue, et tout ça à gérer avec la fatigue exacerbée. Le passage du Nestlé au Babybio a aidé, surtout que je me sentais beaucoup plus en confiance, instinctivement, avec celui-ci. Pour moi, la consistance du premier me faisait penser à de la coke. De la poudre qui me donnait une impression de briller, argentée, et très volatile. Le babybio, lui, ressemble plus à du sable et c’est pour ça qu’on ne trouvait pas la mesurette, elle était cachée dedans la coquine !

En parallèle, mon côté têtu avait décidé que je ne laisserais pas le sort mettre fin à mon allaitement à cause d’un traitement incompatible (les médecins ont essayé de me donner quelque chose de compatible, mais ce n’était pas possible, et je les remercie pour leur tentative), alors que je ne l’avais pas choisi. Pourtant tout le monde autour de moi me disait « oh ben c’est le moment d’arrêter non ? C’est l’occasion ! »



« L’occasion ». Ce mot sans volonté de nuire me faisait très mal à entendre. On parlait d’un arrêt brutal d’allaitement, suite à une hospitalisation que j’ai trouvé interminable, une séparation tout aussi brutale. Ce n’était pas une « occasion ». Du coup, soutenue uniquement par mon conjoint, j’ai tiré mon lait 2 à 3 fois par jour, avec un pincement au cœur en jetant tout ça. Je me suis gavée de tisane d’allaitement saupoudrée de Galactogil (granules homéopathique pour soutenir la production lactée), ainsi que de plats à base de fenouil. En gros, je me suis transformé en fenouil. Le top du sexy. L’entourage ne comprenait pas trop pourquoi je dépensais une telle énergie et du temps à vouloir maintenir un allaitement qui, peut-être, ne repartirait pas. Je me suis rapprochée d’une conseillère en lactation mais avec les fêtes nous n’avons pas eu la possibilité d’échanger et je me suis retrouvée assez seule. Elle m’a conseillé de masser mes seins ainsi que de compresser pendant la tétée pour aider le réflexe d’éjection, et de proposer les deux seins plusieurs fois en une seule tétée. Encore aujourd’hui ça m’aide.

Quand je l’ai remise au sein après une semaine d’arrêt, j’ai cru pleurer de soulagement. Pour moi, tout allait rentrer dans l’ordre. J’ai eu un coup au cœur en constatant que j’avais eu un poil trop d’espoir et que la complémentation restait nécessaire. Elle tirait sur mon sein, s’énervait, puis finissait par le repousser en pleurant. Je l’ai mal vécu les trois premiers jours, j’avais peur de ne plus pouvoir allaiter, de ne plus avoir le choix. Et puis on est revenu à de l’exclusif. Pour 6 jours seulement.

Aujourd’hui, elle réclame de temps en temps un biberon, de LA quand on est à l’extérieur, de LM si on est à la maison et que j’ai du stock (stock que je prévoie principalement pour la crèche). Je le vis mieux. J’imagine ma fille comme une petite nénétte qui fait les magasins : une tétée par-ci, et puis hop un biberon, puis de nouveau une tétée, et puis hop ce sont les soldes je prends les deux. Les biberons réclamés sont souvent aux mêmes horaires : aux alentours de midi ou au moment du coucher. En somme, quand elle est fatiguée et que téter doit être difficile. Notre mixte un peu anarchique semble lui convenir, même si j’aimerais m’en passer et revenir à du 100% exclusif.

Après cette tornade, avec mon compagnon on s’est penché sur la composition des laits. Et quand j’ai vu qu’il y avait de la taurine dans le Nestlé, j’ai fondu en larmes. Pour moi, la taurine c’est du Redbull. Oui je sais, belle envolée dramatique. Je me rappelais de ma fille à ce moment-là, de ses pleurs, de son sommeil moisi, de son agitation constante. Et je lisais le mot taurine. J’ai mis du temps à me détacher de cette culpabilité. Me documenter m’a aidé. J’ai ainsi lu que la taurine était naturellement présente dans l’organisme, et même dans le lait maternel. Mais que la question des quantités « acceptable » restait une question encore peu abordée. J’ai lu que le Babybio n'en contenait pas, mais contenait de l’aluminium, mais spontanément je « préfère » donner de l’alu que de la taurine qui est pour l’instant dans mon esprit trop négativement connotée.

Cette épreuve m’a fait prendre conscience que je tenais bien plus à l’allaitement que ce je croyais. Outre l’indéniable côté pratique dont j’avais déjà parlé (et d’ailleurs pendant la semaine 100% biberon je me suis sentie comme une mule à chaque fois que je sortais, surtout que nous n’étions pas équipé pour rendre les expéditions plus pratique)(bénie soit la personne qui inventé le petit machin pour ranger la poudre là, et qui a trois compartiments), le côté émotionnel s’est brusquement révélé. Je savoure beaucoup plus les tétées, je savoure ma chance d’avoir pu reprendre, je savoure le calme que le LM lui insuffle, sa sérénité, le retour de son rythme. Quelle est la part de l’habitude, de la psychologie et quelle est la part réellement attribuable à l’allaitement ? On ne le saura jamais. Mais depuis cette aventure, je ne suis plus dans la dynamique de petits pas ambiance « on verra à 9 mois si j’allaite toujours ». Je veux allaiter longtemps et la seule chose qui me fera arrêter, ce sera elle.

mardi 22 décembre 2015

Voyager avec un bébé

Nous sommes partis pour un périple de l'autre côté de l'atlantique en Octobre, avec la poupette de presque 3 mois, 6h de décalage horaire et 8 heures d'avion à l'aller, 6 au retour. Quand nous avons annoncé notre projet de voyage avant même la naissance de la crevette, on a été accueilli avec des cris horrifiés. Ca nous a profondément agacés que l'on croit directement que nous ne pourrions rien faire avec notre bébé (je reviendrais dans un autre article sur cette image d'Epinal du bébé tyrannique qui tue la vie sociale de ses gentils parents. Surtout de sa mère en fait, vu que pour certains il est évident que c'est elle qui fait le baby-sitting pour que Monsieur s'aère). Il y avait les gens bienveillants (ou faussement bienveillants ...), qui s'inquiétaient qu'on ne profite pas, qui avaient peur pour nous au cas où la petite ait des coliques ou ce genre de choses. Et puis il y avait les gens au fond plus mesquin, qui sous-entendait que c'était violent de faire subir ça à un enfant, que même pas née que nous piétinions son rythme, son confort. « Un bébé a besoin d'habitudes ». Oui, un bébé a besoin d'habitudes. Qui a dit que les habitudes sont forcément bouleversées quand le décor change ? Et finalement, que met-on derrière le mot "voyage" ? Est-ce forcément une escapade lointaine ? Je ne le pense pas (et si on part de ce postulat, le premier voyage de la petite a été pour ses 2 mois, un long weekend au fin fond de l'Allier !) ... la vie est un voyage ! Les habitudes de bébé seront forcément, au cours de sa vie, chamboulées. Doit-on alors, nous les parents, se priver ?

L'aéroport ?
Dans la plupart des aéroports, avoir un enfant de moins de 2 ans vous permettra de couper la file de l'enregistrement de la douane, des bagages et de l'embarquement. Tranquille Emile. Ce stress en moins, d'affronter une queue à rallonge, est carrément appréciable. Ici on a dégainé l'écharpe pour tranquillement faire tout ce qu'on avait à faire, le plus léger possible, pendant que mademoiselle matait le monde tranquilou.

Comment gérer l'avion ?
Selon l'âge de votre enfant, il est fort probable que celui-ci dorme. Sinon, il ne faut pas hésiter à se lever, à bouger et à oublier le regard des autres. Le service aérien sera tout disposé à vous aider, surtout en vous accueillant avec eux à la fin de l'avion, là où il y a nourriture et boisson (envoyez votre bambin leur faire les yeux doux, vous arriverez à gratter des trucs). Ici, puisque j'allaite, il y avait nichon à volonté, notamment pour l'atterrissage et le décollage, ce qui a ravit l'adolescent de la rangée d'à côté ! Au final, notre petite s'est comme mise en veille à l'aller et a dormi tout le long du retour. Si votre enfant dort au moment de l'atterrissage et décollage, vous pouvez tenter de traverser ce moment sans le réveiller. Notre petite ne s'est pas réveillé par exemple.

Que faire sur place ?
Là, ça dépend de l'enfant et de son âge. A trois mois nous avons beaucoup fait de parcs, de jardins, de réserves et de musées. La petite a apprécié le grand air, les odeurs et a été captivée par les toiles des Premières Nations qui fleurissent le musée d'Histoire d'Ottawa. Nous sommes habituellement des voyageurs intensifs, dévoreurs, faisant beaucoup de choses dans la journée. Nous avons levé le pied, pour notre plaisir également de juste flâner. Finalement, découvrir le pays c'était bien, mais c'est notre petite fille que nous avons découverte, surtout son père (rapport aux 11 jours moisis de congé paternité). Nous avons été bluffé par son sens inouï de l'adaptation ainsi que de notre capacité à l'accompagner dans ces changements. Nous sommes revenus en France plus forts, plus soudés. Finalement, les couleurs de l'automne canadien ont été relayées au second plan, comme une agréable toile de fond.

Prochaines destinations ? Weekend du nouvel an dans la Drôme (on aime les trous perdus), quelques longs weekends en France de prévu (Toulouse, Paris, Lille ...). Une envie de Bruxelles avec mes beaux-parents mais surtout, la Grèce pour le nouvel an 2016 !
 
Quelques sites intéressants sur le voyage en famille :